Découverte des carrières dans le bois des Lens avec Jean-Claude Bessac

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L'Oeil Vert organisait, samedi 9 décembre 2017, une après-midi de découverte des carrières antiques dans le bois des Lens. Jean-Claude Bessac, archéologue, chercheur honoraire au CNRS et spécialiste des carrières antiques du bassin méditerranéen aa servi de guide  aux  25 personnes qui ont bravé le froid de ce début décembre pour se plonger dans une histoire remontant à plus de  2000 ans.

 
A la carrière de Mathieu

 

Jean-Claude Bessac explique que la carrière de Mathieu est constituée d’une partie exploitée à l’époque romaine – la partie qui se présente à l’avant, puis que la carrière a été à nouveau exploitée plus tardivement, à l’arrière. La limite est assez visible. Avant de parvenir à la couche exploitable, il fallait venir à bout de la couche superficielles : un mélange de terre et de blocs disjoints.

 

La pierre des Lens est dure, blanche, au grain très fin, et très estimée des tailleurs de pierre et des sculpteurs. Le bois des Lens se situait, à l’époque de la formation de cette roche, dans un atoll qui était très grand puisqu'il allait jusqu'à Orgon. La couche géologique où se trouve cette pierre oolithique est l’Urgonien, nom tiré de la ville d’Orgon.

 

Au début des fouilles entreprises par M. Bessac et ses collègues, la carrière romaine était totalement invisible car entièrement comblée de terre et de cailloux. Il est très vraisemblable que d’autres carrières antiques soient encore enfouies, dans le bois des Lens, sous des couches de remblai.

 

Les ouvriers qui travaillaient à la carrière ne devaient pas dépasser le nombre de 7, car la cabane qui les accueillaient n’auraient pas pu en accueillir plus.

 

Les carriers travaillaient selon un « bon de commande » et réalisaient strictement les commandes. Ils ne réalisaient jamais de blocs sans en avoir reçu la commande qui précisait les dimensions des blocs à produire.

 

Ces blocs ont été exporté du bois des Lens loin à la ronde (Marseille, Narbonne, et Nîmes - bien sûr ! - où ils ont servi pour la réalisation des chapiteaux de la Maison carrée. La pierre des Lens était réputée à l’Antiquité déjà pour la finesse de son grain et pour sa plasticité, qui permettaient de réaliser des éléments de décors très fin, décollés du fond, comme les feuilles d’acanthe.

 

Les blocs étaient taillés à l’escoude (on voit très bien les traces de cet outil dans la pierre) puis séparés de la base à l’aide de coins en fer (et non des coins en bois, ce que certains auteurs ont prétendu à tort). Des coins métallique abîmés ou en bon état ont été retrouvés sur le site. Les coins en fer étaient utilisés dans d’autres carrières romaines.

 

Plusieurs carrières ont été exploitées à l’époque romaine dans le bois des Lens ; cela peut s’expliquer par le fait que lors de l’exploitation d’une carrière, on n’évacuait pas les déchets au fur et à mesure comme on le fait dans les carrières modernes. Donc après quelques temps d’exploitation, la carrière "étouffait" sous ses propres déchets, ce qui conduisait à son abandon.

 

A la carrière de Mathieu, Il y avait une cabane qui servait à abriter les ouvriers à l’époque romaine. Cette cabane n’a pas été retrouvée. Une session de fouilles pourrait permettre de la mettre au jour. Par contre, on voit la base de la cabane construite pour l’exploitation de la carrière plus tardive. On peut y observer une grande cupule taillée à même la roche qui abritait probablement les provisions. A voir aussi le grafiti gravé sur la roche à l’époque romaine. Des poteries ont été retrouvées sur place ainsi que les reliefs des repas : des os de sangliers, de divers volatiles ainsi que de bœufs (sans doute les bœufs de réforme, ceux qui étaient morts à la tâche…)

 

Plus tard, dans la deuxième période d’exploitation, une citerne a aussi été construite pour servir de réserve d’eau. Autre élément que l’on peut observer : un bassin de trempage pour les outils forgés sur place, à fond plat et peu profond.

 

Les blocs extraits au fond de la carrière étaient soulevés avec des systèmes de levage efficaces (poulies et cordes montés sur des portiques basculants) et donc basculés hors de la carrière où ils étaient chargés sur des chariots tirés par des bœufs pour être ensuite acheminés sur les lieux de commandes.

 

Certaines pierres toujours en place dans la carrière portent les marques d’usure des cordes, par frottement. Tous les blocs extrait portaient des lettres taillées dans la pierre qui étaient soit la marque du carrier, soit celle du groupe de carriers.

 

 

Au Vissau du Corpatasse

 

La carrière a été exploitée dès l’Antiquité.

 

Les « murs  de pierre sèche » sur les côtés de la carrière sont des rebuts, des pierres qui n’ont pas été exploitées, mises en tas pour dégager la partie exploitée. Le grand pan de roche, comme un mur entre deux parties exploitées, est constitué de roche non exploitable.

 

Il y a près de cette carrière deux cabanes, dont une en pierre sèche, avec des pierres taillées pour la porte et la fenêtre et une cheminée à l’intérieur. La date de 1933 est gravée à gauche en entrant. La seconde, un peu plus loin en suivant le chemin qui monte à proximité, est plus tardive (fin XIXème siècle), dans un style évoquant le  « mazet », et ses murs sont enduits.

 

On trouve deux citernes à proximité de la première cabane dite « cabane du solitaire ». M. Bessac se souvient bien de son occupant prénommé Jacques (il ne connaît pas son patronyme) qui a vécu jusqu’à l’âge de 103 ans. Jacques se serait installé dans cette cabane après la première guerre mondiale. Mais la cabane existait déjà depuis le milieu du XIXème siècle. C’était la cabane d’hiver de Jacques. Alors que l’autre cabane était sa résidence d’été.

 

Aujour'hui, deux carrières sont toujours en activité : d'une part la carrière Omya qui extrait sur la commune de Moulézan, juste à côté des carrières antiques, le précieux carbonate de calcium qui sert de charges minérales pour l'industrie. Les principaux usages de cette substance issue da la pierre des Lens sont l'industrie du papier, des matières plastiques, de la peinture, des vernis et adhésifs, ainsi que l'industrie du bâtiment, l'environnement, la pharmacie, l'agriculture et l'alimentation animale. Il est probable votre dentifirce contienne cette substance extarite de la pierre des Lens !

 

D'autre part l'entreprise Rocamat qui extrait des blocs de pierres servant pour le bâtiment, la décoration. 

 

La pierre des Lens n'a pas fini de faire parler d'elle... Quand aux participants à cette belle balade de découverte, ils ont pu admirer, en rentrant, depuis la crète des Lens, la succession de collines jusqu'aux Cévennes où tombaient les premiers flocons.

 

Découverte des carrières dans le bois des Lens avec Jean-Claude Bessac
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